Evolution des marchés et leurs perspectives pour l’année 2019

Analyse | 26 novembre 2018

Note de gestion

Catherine WAJSMAN répond à une batterie de questions destinées à aider à comprendre l’évolution des marchés et, dans toute la mesure du possible, anticiper les perspectives pour 2019.

 

1. Votre dernière lettre de début octobre laissait entendre que les marchés pouvaient nous réserver des surprises négatives. Les marchés ont effectivement dévissé brutalement. Quels ont été les facteurs déclencheurs de cette baisse ?

Les phases de consolidation font partie de la vie des marchés. Cela étant, depuis quelques mois, les marchés financiers ne nous donnent pas satisfaction. Les baisses d’octobre/novembre ont affecté l’ensemble des indices mondiaux et ont entraîné vers zéro, voire, le plus souvent, en négatif les performances réalisées depuis le début de l’année.
Les causes ont été maintes fois décrites sous forme de risques latents : révision à la baisse des prévisions de croissance (surtout lorsque ces prévisions émanent du FMI), crise de l’immigration, hausse des taux, confrontation budgétaire entre le Gouvernement italien et la Commission européenne, doutes sur la croissance émergente, …

 

2. Vous ne citez pas la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine ?

J’allais y venir. A cet égard, l’augmentation des taxes douanières porte sur 310 milliards de dollars et pourrait atteindre 840 milliards si l’affrontement continue entre Donald TRUMP et Xi JINPING.
Mais, plus fondamentalement, la question est de savoir ce que veut Donald TRUMP. Cherche-t-il un meilleur accord commercial avec les chinois ou veut-il stopper l’émergence de la Chine comme « challengeuse » des Etats-Unis d’ici à vingt ans ?

 

3. Etes-vous de l’avis des analystes qui prédisent une hausse de l’inflation ou pensez- vous, au contraire, que celle-ci n’est pas pour demain ?

Nous avons toujours pensé que le spectre de la hausse de l’inflation était brandi trop fort, trop tôt, trop précipitamment. C’est pourquoi, nous n’avons jamais souscrit, à juste titre, aux obligations indexées sur l’inflation.
La FED et la BCE sont toujours en pointe sur les prévisions de hausse de l’inflation, notamment parce qu’elles prévoient les conséquences des hausses de salaires.
Pour nous, le process est beaucoup plus lent et surtout, les statistiques en général et le S&P Global Ratings, plus particulièrement, indiquent de façon précise qu’une hausse des salaires de 2 % n’entraîne que 0,2 % de hausse de l’inflation !

 

4. Au vu de ces considérations, que préconisez-vous pour les mois à venir ?

La plupart des gérants considèrent que les marchés, après la baisse, sont à leur prix et qu’ils restent relativement positifs sur les marchés, certains plus favorables aux Etats-Unis, d’autres favorables aux investissements en valeurs européennes.

En ce qui me concerne :

  • Je donne une prime aux valeurs américaines en raison d’une consommation domestique représentant 60 % du PIB, un chômage au plus bas, et une politique fiscale
    accommodante et des valorisations raisonnables.
  • De façon plus globale, je recommande la prudence, qui peut se traduire pour les portefeuilles de différentes façons :

– Diminuer la part actions
– Ne pas miser sur les secteurs vulnérables (sociétés trop endettées)
– Diminuer les small caps, toujours plus fragiles et qui ont réalisé de magnifiques performances depuis plusieurs années
– Conserver les grands titres à forte liquidité et aux fondamentaux incontestables, dont le bilan est sain et qui procurent un rendement de 3 % minimum
– Rechercher des placements aussi sécuritaires que possible, tout en sachant qu’en 2018, plus de 95 % des sicav monétaires auront cette année une rentabilité négative ou nulle.

  • Et sur un plan psychologique, ne plus rechercher de trop belles performances, au risque de voir les portefeuilles partir à la baisse, surtout si la volatilité se maintient ou augmente.

En conclusion, les marchés peuvent connaître, bien sûr, un rebond de fin d’année. A mon avis, si ce rebond se manifeste, il ne sera pas de grande ampleur.
Par ailleurs, et particulièrement en raison du niveau des taux, nous sommes désormais obligés de raisonner sur un plus long terme, je dirais même sur le long terme, c’est-à-dire ne pas considérer les performances année après année.
Ainsi, on peut être investi de façon fondamentale. De tels investissements sont plus séduisants que des obligations d’Etat, dont la dette sur PIB s’élève à 100 % d’un déficit structurel !

 

5. Y aurait-il donc, selon vous, une asymétrie entre les chances de gains et les risques de pertes ?

En effet, l’environnement étant plus complexe, la croissance mondiale plus modérée, les conditions de liquidité moins favorables, il nous paraît important d’être affranchi des classes d’actifs traditionnelles et être investi dans des classes d’actifs alternatives moins liquides mais disposant de primes intéressantes (immobilier, dettes privées, … ).